OMM
Observatoire de la migration de mineurs
Messages sur l’Expérience Migratoire

Messages sur l’Expérience Migratoire

Lors de nos travaux d’enquête dans le cadre du projet Migration Positive (2020-2022), portant sur les aspects constructifs et bénéfiques de l’expérience migratoire, un ample nombre des jeunes migrants consultés nous ont pourtant exprimé leur souhait de transmettre un message préventif (voir clairement dissuasif) à leurs camarades restés aux pays, notamment en raison des dangers liés à la route migratoire et à l’incertitude et précarité de leur situation une fois en Europe, surtout au niveau administratif. À cet égard, Stephen Ngatcheu, jeune camerounais, nous a dit : « Je ne conseillerais pas à quelqu’un qui vit au pays de prendre le même trajet que moi parce que quelque part c’est participer à un crime moral (…) En quelque sort, quitter son pays c’est accepter de mourir ».

Entretien vidéo avec Stephen Ngatcheu, projet Migration Positive, 2021, disponible sur le lien : https://www.youtube.com/watch?v=mVKUoaovFN4

Ce type de message de mise en garde par rapport à l’expérience migratoire, majoritaire entre nous interlocuteurs, contraste avec l’image de réussite véhiculée par des nombreux migrants, principalement via les réseaux sociaux, et qui contribue à alimenter les imaginaires sur le mythe de la vie en Europe auprès des proches restés au pays (Fouquet, 2007 ; Kirmi, 2008 ; Lacroix, 2010 ;  Saltzbruun et al., 2017, Fernier et Senovilla, 2021).  

En parallèle, dans nos expériences préalables de recherche auprès des mineurs et jeunes non accompagnés en situation de migration dans différents contextes européens, nous avons constaté l’importance d’apporter des informations appropriées sur leur situation, notamment en termes de statut migratoire, afin de leur donner la possibilité de comprendre et d’exprimer leur point de vue de manière indépendante sur toutes les décisions les concernant. Comme l’indique un récent rapport du Conseil de l’Europe[1], les mineurs migrants déclarent recevoir de la part des passeurs la plupart des informations pendant leur voyage migratoire. Ce besoin d’information que nous avions étudié notamment lors du projet ADIMENA[2], reste logiquement nécessaire pour les adolescents et jeunes basés aux principaux pays d’origine de la migration vers l’Europe, fortement impactés par les imaginaires de départ dominants dans ces contextes.

L’article 12 de la Convention Internationale des Nations Unies relative aux droits de l’enfant (CIDE) établit le droit de tout enfant d’exprimer librement son opinion sur toutes les questions qui le concernent. Ces opinions doivent être dûment prises en compte en fonction de l’âge et de la maturité de l’enfant. L’article 12 ouvre donc un droit à la participation des enfants validant leur considération comme sujets actifs de droit. Les mineurs n’ont pas le droit de décider mais il ont le droit à participer activement à la prise de décisions. Or, pour pouvoir participer, il faut apporter les informations nécessaires sur les différentes situations, circonstances, solutions, options possibles et sur leurs conséquences. Le Comité de Droits de l’Enfant des Nations Unies a insisté à plusieurs reprises sur l’importance de ces postulats et sur le fait que le droit à l’information est intrinsèquement lié au droit à la participation[3].

Au croisement de ces deux expériences préalables de recherche (Migration Positive et ADIMENA), le projet MEM constitue une collaboration entre l’Observatoire de la Migration de Mineurs du laboratoire MIGRINTER (UMR 7301- CNRS- Université de Poitiers) et l’association Accross the World, basée à Abidjan.

Notre but principal est d’établir une dynamique de dialogue et de communication entre mineurs et jeunes migrants présents en Europe et leurs camarades au pays, initialement dans le contexte de l’Afrique de l’Ouest et en particulier de la Côte d’Ivoire, mais avec une volonté de diffuser nos résultats et productions de valorisation dans un contexte plus ample. L’objectif subjacent de cette dynamique est de produire une connaissance qui nous permette d’élaborer des supports d’information le plus objectivés possible. Ces supports d’information porteront sur les différents enjeux liés à l’expérience migratoire, notamment sur les conditions du voyage et la situation aux frontières ainsi que tous les aspects juridiques, administratifs et sociaux associés à la vie en Europe d’intérêt pour les personnes primo-arrivantes. Au-delà, les travaux d’enquête que nous allons mener dans le contexte africain nous permettront aussi de produire des éléments de compréhension sur les perceptions des jeunesses africaines autour de la migration vers l’Europe en lien avec la décision (ou non) de partir. 

Il est important de signaler que notre position d’enquête se situera dans une optique de neutralité sans prétendre ni dissuader ni promouvoir la migration. Or, notre volonté de relayer de façon pure la parole des jeunes que nous rencontrons et qui s’impliquent dans nos activités participatives de recherche supposera éventuellement une subjectivité liée à leur propre perception de la réalité qu’ils vivent. Nous respecterons cette subjectivité comme ça a été le cas lors de la première production dans le cadre de ce projet MEM, la chanson ‘Y a du bon, y a du mauvais’ dont le clip et paroles sont disponibles sur la chaîne Youtube Migration Positive :

En termes d’autres livrables, notre objectif principal est d’élaborer une vidéo d’animation d’entre 5 et 10 minutes à but informatif portant sur trois questions principales déclinées de la façon suivante : (1) Avant partir (questions à se poser avant départ, ce qu’il faudrait savoir, rôle des familles, des amis, des proches déjà en Europe, etc.) ; (2) Le voyage (routes, temps, budget, lieux dangereux, violences, frontières) ; (3) Arriver en Europe (des nouvelles frontières, où s’établir, documents, travail, réussir).

La date estimée pour la diffusion de cette vidéo est le premier semestre de 2024.

Références

Fernier, L., Senovilla, D. (2021), Migration Positive, aspects positifs de l’expérience migratoire, Ouvrage illustré par Maxime Jeune, Observatoire de la Migration de Mineurs & Migrinter, 37 pages.

Fouquet T. (2007), Imaginaires migratoires et expériences multiples de l’altérité : une dialectique actuelle du proche et du lointain, in Autrepart, (41), 83-98.

Kirmi B. (2008), Pourquoi quitter son pays ? Le mythe de l’Europe., in Barataria. Revista Castellano-Manchega de Ciencias Sociales, (9), pp. 17-224.

Lacroix T. (2010), L’imaginaire migratoire : jeunes marocains de France, in Lorcerie, F. (Ed.), Pratiquer les frontières : Jeunes migrants et descendants de migrants dans l’espace franco-maghrébin, CNRS éditions.

Salzbrunn M., Mastrangelo S., Souiah F. (2017), Migrations non-documentées et imaginaires sur Internet : Le cas des harraga tunisiens, in Visions croisées autour des frontières européennes : mobilités, sécurité et frontières, Éditions de l’Université de Galatasaray, pp.91-113.


[1] CONSEIL DE L’EUROPE (2018), Des informations adaptées aux enfants en situation de migration, Rapport de conférence, Strasbourg, 29-30 novembre 2017, 11 p.

[2] Plus d’information sur le projet ADIMENA : https://o-m-m.org/index.php/category/recherche-valorisation/projet-adimena/

[3] Observations Générales 6 (2005), 12 (2009), 14 (2013) puis les Observation conjointes avec le Comité des Droits des Travailleurs Migrants 3 (2017) et 4 (2019).