Atelier d’expression casa Betania- Malaga- 16,17 avril 2024
La Casa Betania est un projet de la Fondation La Merced Migraciones qui accueille un groupe de jeunes demandeurs de protection internationale de différentes nationalités. Invités par Michel Bustillo et Sara García, nous avons eu l’occasion de passer deux jours de cohabitation et d’échange avec les jeunes dans cet espace qui constitue un modèle d’accueil respectueux et digne où ils se sentent chez eux. Lors d’une première session de discussion collective, nous avons abordé différents sujets qui les préoccupent : la demande de protection internationale, l’accès au travail, la sortie du centre, le logement, les critères de régularisation, la santé mentale, la religion, le sport, la nécessité d’être patient, l’importance d’avoir des amis, comment s’intégrer dans la société, etc.
Dans une deuxième session organisée avec l’aide d’Angie, Humberto et Natalia, nous avons proposé un premier temps de dessin collectif au format et contenu libres et un temps d’expression écrite autour de deux thèmes : d’une part, quels sont les aspects positifs de leur nouvelle vie en Europe ; d’autre part, quels sont les autres aspects moins positifs qu’ils aimeraient pouvoir changer ?
Work in progress
Les résultats sont détaillés ci-dessous. Un grand merci aux jeunes et aux bénévoles pour cette belle réalisation collective.
POSTER COLIBRI
De gauche à droite et de haut en bas : Dessins de Luis Carlos, Angie, Mohammed, Bananding, Natalia et Humberto.
POSTER MERLE
De gauche à droite et de haut en bas : Dessins dede Macan, Omar, Marian, Mohammed, Natalia, Daniel, Adi, Mouhamed
« Ce que j’aime en Europe, c’est la qualité de vie et les possibilités offertes aux gens de s’épanouir sur le plan interne. Ce que je n’aime pas, c’est que je constate une certaine inconscience dans les actions de base de la société » (Luis Carlos, Colombie).
« Je me sens calme et confiant -> positif. Je reste sans travail et sans papiers pour moi en Espagne. Je suis confiant dans mes efforts, j’ouvre des portes que je ne vois pas encore » (Mohammed, Sénégal).
« J’aime les protections. Et l’aide pour savoir comment parler les langues. Et les formations. Le plus important, ce sont les papiers. Les gens qui sont refusés. Comment vont-ils améliorer leur situation? » (Bananding, Sénégal).
« Ici, en Espagne, sans papiers, on ne peut pas signer de contrat de travail, et je n’aime pas ça. Ici, on vit comme on veut, il y a la paix et la tranquillité. Il y a de bonnes choses, c’est pour ça que j’aime bien » (Macan, Mali).
« Je m’appelle Omar Camara. Depuis que je suis arrivé en Europe, et plus particulièrement en Espagne, ma vie a beaucoup changé. J’ai vu et compris beaucoup de choses. La vie en Europe et en Afrique n’est pas la même, parce que si tu n’as pas de papiers, tu ne peux pas travailler » (Omar, Guinée).
« Il y a plus d’opportunités. Le niveau de vie est plus élevé. Bonnes infrastructures. Il y a des gens froids et moins amicaux » (Marian, Roumanie)
« Il y a beaucoup d’opportunités de travail ici. En même temps, quand il n’y a pas de papiers, pas de bons emplois » (Mohammed, Maroc).
« La sécurité. Être bien. Changer le fait de ne pas avoir d’emploi, de pouvoir travailler » (Adi, Sénégal)
« Cette déclaration s’adresse à tous les migrants qui ont dû quitter nos pays à la recherche d’un avenir meilleur. Résistez. C’est ce qu’il vous reste. Du courage. Beaucoup de force. Ma famille qui est loin. Je veux juste leur dire qu’ils sont mon tout et ma force. Vous ne savez pas à quel point vous me manquez. Vivre loin n’est pas facile mais je sais que je réalise mes rêves. Chaque jour qui passe, j’ai hâte de vous voir tous. J’ai hâte de vous serrer dans mes bras. Je vous aime » (Mouhamed, Sénégal).
En collaboration avec Sylvie Marchand et Lionel Camburet de Gigacircus et dans le cadre du projet Hospitalité en Actions, nous avons organisé un atelier artistique avec des demandeurs d’asile de l’HUDA de Ruffec géré par l’association Audacia. Les personnes participantes étaient libres de s’exprimer par le dessin ou l’écriture. Les thèmes suggérés étaient les aspects positifs de la nouvelle vie à Ruffec, les choses à changer et, enfin, leurs souhaits pour l’avenir. L’atelier a eu lieu au théâtre de la Canopée avec la participation et le soutien des habitants de Ruffec.
Dessin 1 (1,60m x 2,50m)
Dessin 2 (1,60m x 2,50m)
Et voici quelques photos avec les détails des dessins
D’après une idée de Béatrice Hernandez Naoun, éducatrice spécialisée
Présentation
Arrivés en France depuis deux, trois ou quatre ans, Lacine, Fodé, Ibrahim, Amadou, Moussa et Souleymane se sont d’emblée portés volontaires lorsqu’ils ont été sollicités pour participer à un atelier d’expression artistique sur le thème de la Migration Positive.
Celui-ci s’est déroulé le 5 juin 2021 à Grenoble au sein de locaux dans lesquels la majorité de ces jeunes avait suivi une scolarité à son arrivée en France. L’idée a été de leur donner la parole par le biais des moyens artistiques que sont la peinture et l’écriture.
Ainsi, après la réalisation collective d’une peinture (sur trame d’un planisphère), chacun a participé à des instants d’écriture déclinés en trois propositions :
Raconter une expérience positive vécue depuis l’arrivée en France, une rencontre, une découverte, un souvenir inoubliable : « Je me souviens… »
Transmettre des messages : aux jeunes qui ont migré en France, aux jeunes qui sont nés en France, aux jeunes restés au pays.
Évoquer un projet pour l’avenir, un rêve….
Ces textes personnels ont ensuite été apposés sur la peinture collective.
A l’issue de cette journée, les jeunes ont exprimé leur satisfaction non seulement vis-à-vis de leur création mais aussi de manière plus générale du fait d’avoir partagé un espace d’expression portant sur les aspects positifs de la migration.
– Je me souviens quand j’étais à Paris chez un ami. J’ai découvert le stade de Paris. On est allé regarder les matchs. J’ai mis de l’ambiance c’était trop bien ! Je me souviens quand j’étais à la Villa Mansard. On a tourné un film avec des migrants. On a tourné un peu partout, au DSF, à la Villa, à Victor Hugo. J’étais grave content de participer à ce film ! Moussa
– Je me souviens entre la frontière Italie et la France, j’ai rencontré une dame super sympa. Elle m’a aidé à traverser la frontière et après m’avoir aidé à la frontière, elle m’a ramené chez elle. J’ai fait la rencontre de son mari et de ses enfants. Ça a été un moment inoubliable pour moi. Et après, j’ai fait de la découverte de la ville de Briançon qui avait de très beaux paysages. Lacine
– Je me souviens, à mon arrivée en France, je ne savais pas parler français, ni écrire. Quatre ans plus tard, grâce à l’école française, j’ai appris à parler et écrire et cette année je passe mon bac en électricité. C’est quelque chose d’incroyable à laquelle je ne m’attendais pas du tout à ce niveau-là! Je me souviens au lycée, avec la prof d’arts plastiques, on avait fait un film d’animation. On avait fabriqué des personnages en pâte à modeler et des objets en carton ! C’était génial ! Souleymane
– Je me souviens, de mon arrivée à Grenoble en 2018. J’étais dans un foyer qui s’appelle la Villa Mansard. Je me suis fait plein d’amis dans ce foyer. Ensuite les éducateurs m’ont inscrit au DSF, là où je prenais des cours de français. Au DSF j’ai rencontré des profs super gentilles et sympathiques. Ces profs-là m’ont appris plein de choses. On a fait plein de sorties ensemble, une visite au musée de Grenoble et d’autres. Fodé
– Je me souviens le premier jour que j’ai rencontré Thibaud à la gare de Grenoble. C’est un jour inoubliable pour moi. Il était juste à l’entrée de la gare. C’est lui qui m’a accompagné à l’Adate (une association qui accompagne les jeunes mineurs isolés à Grenoble). Il y avait une dame qui s’appelait Juliette à l’accueil. Elle m’a dirigé vers une dame qui s’appelle Sarah, une dame très gentille. Grâce à Thibaud et à cette association, je me sens très bien à Grenoble. Amadou Diallo
– Je me souviens quand je suis arrivé en France. J’étais à la gare de Grenoble et j’ai rencontré une bonne personne qui m’a aidé à trouver l’Adate. Ils m’ont bien accueilli. J’étais très content pour ça. Je me souviens aussi quand ils m’ont emmené au foyer le Charmeyran. J’ai commencé au DSF. Au début je ne comprenais rien en français et grâce aux profs j’ai bien appris la langue. Je me souviens aussi quand on a fêté la fin de l’école. On a bien fêté, c’était un moment très cool. Ibrahim
MESSAGES…
Aux jeunes qui ont migré en France :
– Aux jeunes qui ont migré en France, je voudrais les encourager pour aller à l’école, pour comprendre la langue, pour avoir un travail et pour respecter les gens et les règles françaises.
– Mes frères et sœurs migrants en France, j’aimerais vous dire soyez courageux, soyez sérieux. Regardez toujours devant, l’avenir nous dira !
– Mon message pour les jeunes qui ont migré ici en France, comme moi, c’est de ne pas oublier là d’où l’on vient et de ne pas être des personnes hors la loi et respecter toujours les lois françaises.
– Les migrants, je vous conseille de travailler et aussi la langue française. C’est plus important. Surtout, n’abandonnez jamais !
-Bon courage, je suis de tout cœur avec toi. Bon courage, je suis impressionné par ta volonté d’aller toujours de l’avant. Bon courage. Je ne me fais pas de souci quant à tes capacités. Bon courage car il vaut mieux avoir des remords que des regrets. Le courage est une force de caractère qui permet de faire face à un danger. Le courage demande de l’audace et une volonté farouche de ne jamais abandonner et d’avancer coûte que coûte.
Aux jeunes nés en France :
– Aux jeunes nés ici, je vous conseille de respecter les migrants. Nous tous on est pareil, on est humain. On peut être ensemble, faire connaissance et vivre ensemble.
– J’aimerais dire aux jeunes nés en France que nous sommes fiers d’être blédards et que vous n’êtes pas mieux que nous.
Aux jeunes restés au pays :
– Aux jeunes restés au pays, je voudrai dire : protégez vos parents parce que l’aventure c’est pas trop facile, la route est dure. Il y a des morts de faim, de froid, des noyades…
– Les frères, c’est mieux de rester en Afrique plutôt que de risquer votre vie au milieu des baleines et des requins. Alors l’Europe n’est pas un paradis sur terre !
– Chers frères et sœurs africains, nous devons tous lutter pour que chaque homme et chaque femme ait le droit de se présenter à toutes les organisations qui font les lois. Tous les gens auront des droits de participer à l’administration du pays, dans les organisations qui font les lois. Tous les groupes nationaux et toutes les races auront des droits égaux dans les organes de l’état, dans les tribunaux, dans les écoles. Chaque peuple aura le droit d’utiliser sa propre langue et de développer sa propre culture et ses coutumes nationales. La propagation et la pratique de la discrimination ou du mépris national, racial et/ou de couleurs sera un crime passible de sanctions. La richesse nationale de notre continent sera rendue à nos peuples. La propriété des richesses minérales enfouies dans le sol des banques et des industries en situation de monopole sera transférée au peuple dans son ensemble. Tous les citoyens auront des droits égaux de commencer à l’endroit de leur choix, d’avoir une activité industrielle et d’exercer tout commerce artisan ou professionnel.
MON PROJET, MON RÊVE …
– Je rêverais d’être un directeur dans une association qui aide les personnes en difficulté. Par exemple : les jeunes qui viennent d’arriver en France, des jeunes qui sont nés ici ou qui ont des difficultés à s’intégrer dans la société française ou ailleurs en Europe. Je souhaiterais construire une école primaire dans mon village et planter beaucoup d’arbres dans mon village et un peu partout dans le monde…. Amadou Diallo
– Mon projet est de travailler en France dans l’électricité. Développer ma propre boite et avoir de l’argent pour aider les enfants de la rue en Afrique. Souleymane
– Mon rêve est d’avoir mon CAP, mon permis de conduire et mon titre de séjour et continuer à travailler sur ma confiance. Moussa
– Mon projet est d’avoir des diplômes qui peuvent me permettre d’avoir du travail dans n’importe quel domaine de la maçonnerie et d’avoir un bon statut social. Lacine
– Je rêve d’avoir vachement d’argent et aider ceux qui ont besoin d’aide. Fodé
– Plus tard j’aimerais avoir un travail, avoir un métier : étancheur. Devenir chef d’entreprise. Ibrahim
Collection ces récits qui viennent (2020-2022) en collaboration avec Dacres éditions
Dirigée par Stéphane BIKIALO, Marie COSNAY et Daniel SENOVILLA HERNANDEZ
Affiliée à « Littératures de Dacres », la collection « Ces récits qui viennent », se propose d’accueillir des récits autour du processus des migrations. Les acteurs et actrices des migrations auront eux-mêmes la parole. Il s’agira de prendre acte que ces récits peuvent apporter quelque chose de nouveau à la littérature et que la littérature peut apporter à ses auteurs une forme d’expression et de partage non conditionnée par les multiples enjeux de la vie en exil.
D’un point de vue scientifique, l’implication du laboratoire Migrinter, spécialisé dans l’étude des migrations internationales, dans la production et promotion d’une collection littéraire s’inscrit dans le cadre d’une réflexion méthodologique de longue date. Ayant progressivement pris conscience des limites que présente l’utilisation des outils d’enquête en sciences sociales plus répandues auprès des populations migrantes, nous avons aussi constaté que l’utilisation de formats ludiques, culturels, créatifs ou artistiques était intéressante pour débloquer les récits des jeunes migrants et de les aider à surmonter leurs logiques réticences à se dévoiler. Le théâtre, la photographie, le dessin, la radio, la musique et bien sûr le récit littéraire constituent des formes de transmission de l’expérience migratoire qui nous semblent plus adaptées et pertinentes en octroyant aux protagonistes une forme de contrôle sur ce qu’ils souhaitent transmettre de leur vécu.
Donc, au-delà de leur qualité littéraire, les récits de la collection « Ces récits qui viennent » s’inscrivent dans une dynamique de production de savoirs présentant un intérêt scientifique indéniable.